Rose
Je vous l'avais bien dit que j'étais une lectrice assidue de Tatiana de ROSNAY.
Après Elle s'appelait Sarah, Boomerang et Moka, je vous présente Rose :
Nous sommes sous le Second Empire, en 1868 très exactement. Rose
vit à Paris depuis toujours. Elle a 59 ans (c'est une vieille dame, pour
l'époque) et elle est veuve depuis dix ans. Malheureusement pour elle,
elle habite rue Childebert, une rue qui est sur le point d'être rasée afin
que se poursuivent les travaux de percement de la rue de Rennes et du
boulevard Saint-Germain. Entre 1852 et 1870, Napoléon III et le baron
Haussmann se sont lancés dans des travaux titanesques pour faire de
Paris la ville que nous connaissons actuellement avec ses larges
avenues et ses immeubles « haussmanniens ».
« Comme tous les Parisiens, nous savions que des parties de notre ville
devaient être rénovées, mais jamais nous n'aurions imaginé un tel
enfer... Vivre à Paris sous le règne de notre empereur et de notre
préfet était comme vivre dans une ville assiégée, envahie
chaque jour par la saleté, les gravats et la boue. »
Ce n'est qu'une succession d'expropriations, de démolitions. Des
milliers de gens sont contraints de déménager, d'abandonner leur
maison et tous leurs souvenirs. Les citoyens les plus modestes
doivent migrer vers la périphérie de Paris parce qu'ils ne peuvent
plus se payer les loyers des nouveaux immeubles.
Un à un, ses voisins et amis quittent le quartier. Il y a M. Zamaretti,
le libraire qui lui a fait connaître les joies de la lecture, Alexandrine,
la jeune fleuriste, « une fille au grand cœur, intelligente, cultivée ».
Rose, elle, s'obstine : elle restera dans sa maison coûte que coûte.
Elle va écrire une longue lettre à son défunt mari pour lui raconter son
combat, seule contre tous, contre le préfet qui va détruire non
seulement sa maison mais aussi son passé, ses souvenirs.
Un très joli roman au charme désuet comme le personnage de Rose.
